Jeff Chang est l’auteur du livre “Can’t stop won’t stop”, somme et référence sur la naissance du hip-hop dans le Bronx, “A history of the hip-hop generation”. Le livre a d’ailleurs été récemment traduit dans une version française remarquable. J’aimerais à l’occasion retranscrire des extraits ici par des chroniques pourquoi pas.
Sur le blog de Jeff Chang, je suis tombé sur une photo délirante des Jackson Five sous-titrée avec malice “home” (voir ci-contre), et un article assez engagé sur le destin tragique de Michael Jackson. Alors pour vous, en exclu, la traduction approximative de cette article. Pour ceux qui préfèrent la VO (et veulent m’aider à la traduction) : cliquez-ci
Allez, une petite dédicace perso à Marie qui était amoureuse de Michael quand elle avait 6 ans et vivait encore à Paterson avec dad and mum (j’aurais adoré mettre une photo, mais bon)…et aussi un des commentaires posté sur l’article de Jeff qui résume assez bien sa portée :
“Great post Jeff. I felt like I lost Mike years ago. Yesterday made the feelings real. I hope that he truly is resting in peace.”
Voici l’article, je me suis permis d’y ajouter 3 vidéos en illustration du texte de Jeff Chang :
“Bien avant que l’on puisse lire sur le visage cubiste et étiolé de Michael Jackson une performance artistique, les blessures d’un racisme vécu de l’intérieur ou les trop pleins de l’ennui et de la richesse, toutes ces choses qui nous font détourner notre regard, il y avait sa voix.
Ce que Berry Gordy (Berry Gordy Jr est le producteur qui a fondé le label Motown) a entendu de ce garçon de 10 ans fut « émotion, inspiration et douleur »(…) (on pourrait traduire « knowingness » par « vision intérieure » ?).
Pour cette voix, il a perdu son enfance.
Ou plus précisément, il nous a donné sa voix. Ses prestations les plus émouvantes parlaient d’éloignement, de destitution, de désir d’être ailleurs, de l’incapacité de revenir à un passé perdu. Pensez à ces chansons que la génération hip-hop vénéraient : “I’ll Be There”, “I Wanna Be Where You Are”, “Who’s Loving You”, “Maybe Tomorrow”, “All I Do Is Think Of You”, “Ready Or Not”. Dans ces chansons, la « knowingness » (vision intérieure ?) de Michael sonnait plus comme une forme de fragilité. A l’opposé , mais cela ne compense en rien, la pause estivale de “It’s Great To Be Here”.
Jackson 5 Five Maybe Tomorrow

Si vous souhaitez comprendre comment ce garçon-rêveur et ambivalent, cette incarnation de toutes nos notions de jeunesse et de beauté, ressentait les feux de la rampe et voulait être « normal », écoutez le chanter “Got To Be There”. Quand il décrit la fille de ses rêves marcher à l’aube, c’est comme s’il avait projeté son rayonnement sur elle, imaginant un amour idéal au delà du sang et du broyage de la machine quotidienne à faire des stars.
Quand il touche ce moi “sublimé” (associé plus tard au mot “home”), il nous l’a déjà laissé en patûre.
Michael Jackson - Got To Be There - 1971

Mais en tant que public, nous étions insatiable et sans pitié. Des années plus tard, après l’aisance et la joie apportées par ses 20 ans, après avoir été brisé par son auto-mutilation et les étranges scandales de ses 30 ans, Michael Jackson laissera entendre un tragique, pathétique et poignant : « avez-vous vu mon enfance ? » (”Have you seen my childhood?”). Mais à ce moment, beaucoup d’entre nous avait déjà passé leur chemin en lui tournant le dos.
Michael Jackson - Childhood

A la fin, il a même perdu sa voix, auto-diffusée par les avocats et autres gardiens de sa richesse dilapidée, voix consommée par les « Mickey Mouse-sounding paid-TV defenses and overproduced songs », avant finalement de s’éteindre dans le silence.
Le temps réhabilitera la grandeur du talent artistique de Michael Jackson. En espérant aussi qu’il laissera en nous la prise de conscience de notre complicité dans sa chute.”
Vu et traduit sur le blog de Jeff Chang, “Can’t stop, won’t post”